# La petite cour des Assad révélée par ses courriels
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**Original URL:** https://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2012/03/17/la-petite-cour-des-assad-revelee-par-ses-courriels_1671381_3218.html
**Archived URL:** https://web.archive.org/web/20120317131844/http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2012/03/17/la-petite-cour-des-assad-revelee-par-ses-courriels_1671381_3218.html
**Archive timestamp:** 2012-03-17T13:18:44Z
**Author/source:** Christophe Ayad
**Published:** 2012-03-17T11:45:12+01:00
**Description:** Les quelque 3 000 courriels, échangés de juin 2011 à février 2012 par le couple présidentiel syrien et une partie de son entourage, piratés par des opposants, révèlent aussi la gestion médiatique de la crise par le pouvoir.
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PENDANT LE MASSACRE, le shopping continue. Des quelque 3 000 courriels, échangés de juin 2011 à février 2012 par le couple présidentiel syrien et une partie de son entourage, piratés par des opposants et révélés par le quotidien britannique _The Guardian_, la presse a surtout retenu la frénésie d'achats en ligne d'Asma Al-Assad. Elle commande de coûteux escarpins, un nécessaire à fondue au chocolat et fait venir via Dubaï pour 35 000 euros de bougeoirs, chandeliers et lustres. Bachar Al-Assad, pour sa part, télécharge de la pop mièvre et commande le DVD de _Harry Potter 7_.

Mais le plus intéressant est ce que ces courriels révèlent de la gestion médiatique de la crise par le pouvoir. On y apprend que l'ambassade d'Iran est consultée. Mais il n'y a aucune allusion aux questions sécuritaire, probablement traitées oralement ou dans d'autres cercles.

L'équipe de conseil de Bachar Al-Assad semble essentiellement féminine, jeune, et inexpérimentée. Trois femmes prévalent. Luna Chebel, une ancienne présentatrice d'Al-Jazira et l'épouse du journaliste vedette Sami Kleib, qui travaille actuellement à un projet de télévision prosyrienne à Beyrouth, est la plus sérieuse et la plus engagée. Elle lui transmet des retours sur la situation, notamment le chaos sécuritaire à Alep, et lui donne des conseils sur la façon de museler la presse.

Le duo formé par Sheherazad Jaafari et Hadeel Al-Ali est plus intriguant. Agées de moins de 25 ans, elles sont des groupies. La première, qui est passée par une firme new-yorkaise de relations publiques, est la fille de l'ambassadeur syrien à l'ONU. Depuis la révélation de ses conseils maladroits avant une interview avec la chaîne américaine ABC, il y a un mois, elle est tombée en disgrâce.

La deuxième, jeune et pulpeuse Alaouite de Qardaha, le village des Assad, a été formée à l'université du Montana. Omniprésente, Hadeel Al-Ali épluche la presse pour Bachar Al-Assad. Elle fait aussi le lien avec Hussein Mortada, le dirigeant de la chaîne iranienne en arabe Al-Alam. Elle parsème ses courriels au président de smileys et de compliments. Est-elle la correspondante anonyme ayant ouvert, fin 2011, une adresse via laquelle Bachar Al-Assad reçoit des chansons, un "_ je t'aime_" laconique et la photo d'une belle brune de dos, quasi nue ? Est-ce elle qui le surnomme "_ mon canard"_ ? Est-ce à elle qu'il pense en téléchargeant _Bizarre Love Triangle_, de New Order ?

Khaled Ahmed semble également jouer un rôle important, notamment à Homs, où il signale au président la présence de journalistes occidentaux. _"Tout cela donne une impression d'improvisation et de grande désorganisation, _explique un bon connaisseur du clan présidentiel._ Chacun a son idée sur ce qu'il faut faire. Chacun veut se faire bien voir et rejette les échecs sur les autres."_

C'est aussi le cas de Fawaz Al-Akhras, cardiologue à Londres et père d'Asma. Le fondateur de la British Syrian Society, originaire d'Homs, semble mal à l'aise, il demande à Bachar Al-Assad de réagir aux accusations de torture. Un de ses amis proches, le milliardaire Wafic Saïd, qui vit entre Londres et Paris, lui fait comprendre qu'il ne peut pas continuer à présider la Syria Heritage Foundation, une institution rattachée à Asma Al-Assad, mais qu'il ne dira rien publiquement. "_ Combien d'autres défections silencieuses y a-t-il ?_, s'interroge le proche du palais. _Probablement beaucoup."_

**Vêtements contre les balles**

Asma Al-Assad n'apparaît ni prisonnière du clan présidentiel ni de sa fonction, mais comme une Marie-Antoinette orientale, soucieuse de récupérer l'argent de la détaxe à l'exportation des produits qu'elle achète et agacée de recevoir deux tables de nuit dépareillées. Sa seule allusion à la situation remonte au 30 décembre 2011, lorsqu'elle fait suivre à son mari les liens de sites de vêtements de ville renforcés contre les balles. A la même période, elle lui écrit : _"Si nous sommes forts ensemble, nous surmonterons cela... Je t'aime..."_ Lorsque son amie, la princesse qatarienne Mayassa Al-Thani, l'adjure de choisir l'exil, elle cesse de répondre.

Bachar est prudent. Contrairement à sa femme, il efface ses mails aussitôt lus. Lorsqu'elle lui annonce qu'elle rentre tôt à la maison, il a ce cri du coeur : _"C'est la meilleure réforme dont un pays pouvait rêver, nous allons l'adopter à la place de ces lois pourries sur les élections (...)."_ Il affiche le même mépris pour les observateurs de la Ligue arabe, dupés par son armée. Ainsi qu'un goût pour l'humour mortifère, lorsqu'il fait suivre la vidéo d'un illusionniste américain reconstituant le corps d'un homme prétendument coupé en deux à la tronçonneuse.
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